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Tribune – Euthanasie : «Le suicide politique de certains ne doit pas entraîner la mort pour tous»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que la proposition de loi sur la fin de vie fait son retour au Sénat ce mardi, Lucile Strauch-Hausser, présidente du collectif Un Gros Risque En Plus, s’inquiète de l’adoption précipitée d’un texte qui, en l’état, serait lourd de conséquences pour les personnes handicapées.

Lucile Strauch-Hausser est présidente du collectif Un Gros Risque En Plus, qui rassemble 4200 parents et proches de personnes ayant une déficience intellectuelle (ungrosrisqueenplus.org).

En plein chaos institutionnel, pendant que le pays s’inquiétait de l’absence prolongée de gouvernement, le Parlement était, lui, poussé à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Mme Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a ainsi fait ouvertement pression sur son homologue du Sénat, M. Larcher, soupçonné d’être un trop tiède défenseur de cette loi.

Il est vrai que les promoteurs du texte ont du souci à se faire. Une enquête Harris Interactive datée du 11 septembre a en effet rappelé que seuls 8% des Français considèrent la fin de vie comme une priorité pour le gouvernement Lecornu. Elle se retrouve ainsi à la 15e place des sujets d’actualité (sur 20 proposés), bien loin du pouvoir d’achat (61%).

Traiter l’euthanasie comme une urgence parlementaire est la meilleure façon de conforter les Français dans l’idée que leurs élus sont déconnectés de leurs préoccupations. Au-delà du questionnement sur les manipulateurs idéologiques qui font pression, la prise en considération sérieuse par les responsables politiques de l’ensemble des conséquences est par trop insuffisante. C’est pourquoi l’ONU a lancé cet automne un sérieux avertissement au gouvernement français en s’inquiétant publiquement des conséquences du projet de légalisation de l’euthanasie sur les personnes handicapées : elles seront évidemment, malgré toutes les dénégations politiquement correctes, les premières victimes de cette loi ; elles sont déjà marginalisées dans la société… comment ignorer la forte pression pour leur faire admettre que leur vie est un « poids » pour elles-mêmes d’abord, pour leurs proches ensuite, pour la société enfin ? Et que leur mise à mort, que certains prétendent qu’elles réclameront, sera un « bien » pour tous, à commencer pour elles ? Le Canada, qui a déjà légalisé le suicide assisté, vient de se faire condamner par l’ONU pour cette élimination des personnes handicapées, bien plus nombreuses, proportionnellement, à être légalement mises à mort que les bien-portants. Et la France s’apprêterait à lui emboîter le pas ?

Cela fait des mois que nous le demandons, écoutez-nous, proches de personnes handicapées : amendez le texte afin que les personnes porteuses de déficience intellectuelle soient explicitement exclues de la mort administrée.

Déjà aujourd’hui en France, alors même que la mort administrée n’est pas légalisée, des personnes ayant un handicap mental sont menacées d’euthanasie. Notre collectif alerte depuis des mois sur cette menace. Un cas rendu public récemment renforce l’urgence de l’alerte : Abdenour Behlouli, atteint de trisomie 21 est devenu tétraplégique en raison d’une erreur médicale d’un hôpital parisien. De surcroît la Pitié-Salpêtrière a souhaité limiter ses traitements, malgré le fait qu’il est conscient et en dépit du refus catégorique de sa famille. Dernier détail sur cette horrible affaire, et pas le moindre : un proche d’Abdenour a entendu un professionnel de santé de l’hôpital exprimer cette sentence ignoble : « Il a 45 ans, il a assez vécu, c’est de l’obstination déraisonnable ». Ce qui fait penser que c’est bien la trisomie 21 dont est atteint Abdenour la raison principale de la décision de limitation des soins. Que faut-il de plus au législateur pour comprendre que les personnes porteuses d’une déficience intellectuelle sont particulièrement menacées par l’euthanasie ?

Cela fait des mois que nous le demandons, écoutez-nous, proches de personnes handicapées : amendez le texte afin que les personnes porteuses de déficience intellectuelle soient explicitement exclues de la mort administrée.

Nous, proches de personnes handicapées, qui nous préoccupons de leur avenir lorsque nous ne serons plus là pour les protéger, demandons instamment aux pouvoirs publics et aux responsables politiques de toutes tendances, de ne pas faire de nos enfants des cibles. Et, comme citoyens, nous demandons solennellement aux parlementaires de se préoccuper enfin des problèmes de la vraie vie des Français, au lieu d’éliminer certains Français au nom de sordides logiques comptables maquillées de fausse et hypocrite bienveillance humaniste.

Lucile Strauch-Hausser, présidente du collectif Un Gros Risque En Plus qui rassemble plus de 4600 personnes